C’est le doris de Manuel

Dans un doris, un homme est son propre maître et maître de son âme.”

Au milieu du XIXe siècle, deux idées novatrices ont révolutionné la façon dont l’homme a pêché : la pêche au chalut et au doris. Au départ, les équipages pêchaient les bancs à partir du pont des goélettes, en utilisant des hameçons et des palangrottes appâtés pour recueillir leurs prises. Se rendant compte qu’ils pourraient améliorer cette méthode si les équipes accrochaient beaucoup d’hameçons sur une même ligne et la laissaient descendre au fond de l’océan, où la morue et l’églefin aimaient à se nourrir. L’idée a fonctionné et la pêche au chalut est née.

La pêche en doris est venue de la prise de conscience que les équipages pouvaient récolter encore plus de poissons si les hommes se dispersaient autour de la goélette et ainsi couvrir plus d’océans. En empilant un tas de petits bateaux sur la goélette, puis en les transportant vers les bancs, les équipages pouvaient se disperser une fois rendu sur place et maximiser leurs efforts. La combinaison de la pêche au chalut et en doris a créé une technique qui a dominé la pêche des Grands Bancs jusqu’aux années 1940. Les Doris étaient parfaits pour cette nouvelle pratique. Une chaloupe à fond plat et aux côtés évasés, ils pouvaient facilement être empilés sur le pont de la goélette. Par temps relativement calme, leur grande stabilité primaire permettait aux pêcheurs de se tenir debout pour hisser leurs prises. 

Un vieux film des années 30 avec Spencer Tracy et tiré d’un célèbre roman de Rudyard Kipling — l’auteur du livre de la jungle — relate la vie des pêcheurs sur les Grands Bancs. Un jeune naufragé est recueilli par des pêcheurs et se lie d’amitié avec un des hommes à bord, Manuel. Voici la bande-annonce du film où Tracy a gagné l’Oscar du meilleur acteur.

Pendant l’âge d’or de la pêche à la morue sur les Grands Bancs de Terre-Neuve (du XIXe jusqu’au milieu du XXe siècle), le doris était la maison des pêcheur pendant 12 heures par jour, sur une mer agitée. 

La petite ville de Shelburne en Nouvelle-Écosse a été un grand centre de fabrication de doris. Il fut un temps où elle comptait pas moins de sept ateliers et fabriqua des milliers de doris par année. L’atelier de John William, le «Dory Shop», est le seul survivant de cette époque glorieuse. Devenu un musée, il y a encore un artisan sur place qui fabrique bon an, mal an, 2 à 3 doris par année. C’est là que j’ai rencontré Milford Buchanan et son assistant, Mick Fearn.

Pendant plus d’une heure, je les ai regardé travailler, surtout Mick. Milford, en tant que Maître constructeur, supervise les travaux de son assistant et passe du temps avec les visiteurs pour leur expliquer les phases de la construction. J’en ai profité pour faire quelques croquis et beaucoup de photos afin de bien m’imprégner de l’atmosphère de l’atelier.

Marc-André Pauzé
Marc-André Pauzé est un reporter photographe primé, artiste-voyageur et auteur, qui s’est donné une mission, celle d’explorer, documenter et raconter l’humain par la photographie documentaire et le croquis, afin d’informer, mais aussi pour rendre hommage et ne pas oublier. Il a ramené de ses voyages une grande quantité de récits et d’images. Il nous raconte l’histoire de l’action humaine à l’aide de son oeil, son coeur, sa plume et sa caméra.

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