La rencontre entre Joanie et Jazia

English summary:

In 2004, I was traveling in Tunisia’s backcountry with my daughter. After a trek over a mountain range, we arrived in Old-Toujane, a village perched on a mountain side. As we were exploring the village, we met a young girl who invited us to her house to meet her parents.

A young Berber dressed in an orange dress with textures that shone under the sun greeted us with smiles. Another one, slightly older, came out of the house. Both had big smiles as warm as the sun that was beginning to decline. We were ushered into the little house, where a loom was resting near the wall.

Jazia, the little girl, settled in business to show us she could weave carpets. But while she was working she often stopped to talk to her mother. She pulled one end of the frame curtain to look with her mischievous eye, while her mother served us some tea. CLICK!

En juin 2004, dans le village de Matmata en Tunisie, là où, dans “La Guerre des Étoiles”, Luke Skywalker rencontra Han Solo, Joanie et moi étions assis à une terrasse. Nous devions nous rendre à Tataouine (encore Star Wars!). Devant nous deux routes, une logique et facile, celles des touristes, mais qui exigeait un retour vers la mer et l’autre, inconnue et difficile à travers les montagnes.

–    Papa, j’aimerais mieux qu’on essaie de se rendre par la petite route de montagne. Ça doit être très beau. Crois-tu qu’on peut faire ça à pied ?

La perspective de suivre cette route nous appellait. On s’achèta un pain, on refit nos réserves d’eau et on y alla.

Une dizaine de kilomètres plus loin, un homme s’arrêta pour nous embarquer et nous emmener jusqu’à un petit hameau accroché à flanc de montagne, à mi-chemin de notre parcours. Les habitations étaient toutes en pierres et plusieurs semblaient abandonnées. Mais nous en trouvâmes une avec des chambres creusées à même la montagne, où nous sommes restés quelques jours.

Le lendemain, la journée débuta lentement. On sentait déjà la chaleur s’installer. Je préparai un café à Joanie qui venait de sortir de notre grotte nous servant de chambre. Vers 11h30, je quittai avec notre hôte pour la montagne qui dominait le village. Une fois au sommet, Bechir regardait les montagnes de ses yeux verts. Il avait le regard de celui qui regarde passer le temps. On resta assis là, silencieux pendant de longues minutes qu’on ne compta pas. Au bout d’un moment, on discuta de différents sujets. Il me posa des questions sur mon pays et répondit aux miennes, sans détour, sans gêne. Puis, nous replongeâmes dans le silence. Au loin, le vent de la mer continuait de souffler doucement pour nous apaiser de sa chaleur. Que de gestes millénaires régulent les étapes d’une journée. Corvées ménagères  tôt le matin. Aller chercher l’eau à la source. La sieste. Rester assis à l’ombre d’un mur de pierres, à boire un thé à la menthe et scruter l’horizon.

À notre retour, on retrouva Joanie assise sur le toit de la maison, à écrire son journal et dessiner en regardant le village, plus bas. Puis nous partîmes nous balader dans le village. Au détour d’un sentier, nous rencontrâmes une petite fille assise sur un ballot de paille. Elle avait l’air d’attendre quelqu’un.

–    Bonjour, nous dit-elle en souriant. Tu es Nathalie ?

–    Heu, non je m’appelle Joanie.

–    Ah je croyais que tu étais mon amie Nathalie qui était revenue. Et toi tu t’appelles comment ?

–    Marc-André.

–    Moi c’est Jazia. Tu veux voir ma maison ?

–    Oui, si cela ne dérange pas tes parents.

–    Venez, je vous présente Maman.

Une jeune berbère vêtue d’une robe orangée aux motifs qui brillaient sous le soleil nous accueillit avec le sourire et en nous donnant la main. Une autre, un peu plus âgée, sortie de la maison. Les deux avaient de grands sourires aussi chauds que le soleil qui commençait à décliner. On nous fit entrer dans la petite maison, où un métier à tisser reposait près d’un mur.

Jazia s’installa au métier pour nous montrer qu’elle savait tisser les tapis. Mais pendant qu’elle travaillait elle s’arrêtait souvent pour parler à sa mère. Elle tirait un bout du rideau de la trame pour regarder de son œil espiègle, sa mère nous servir un thé. CLIC!

Tiré du manuscrit : “Sous les branches d’un olivier”

Marc-André Pauzé
Marc-André Pauzé est un reporter photographe primé, artiste-voyageur et auteur, qui s’est donné une mission, celle d’explorer, documenter et raconter l’humain par la photographie documentaire et le croquis, afin d’informer, mais aussi pour rendre hommage et ne pas oublier. Il a ramené de ses voyages une grande quantité de récits et d’images. Il nous raconte l’histoire de l’action humaine à l’aide de son oeil, son coeur, sa plume et sa caméra.

Leave a Reply

%d bloggers like this: