Une flèche de pierre entre les arbres

 English summary: On the banks of the Ouareau River emerges between the trees, an old stone fireplace. Around, some walls, as stone has withstood time. These are the ruins of the old manorial mill of St. Liguori.

In 1640, the Sulpicians were granted by the King of France, a lordship on the north shore of the St-Lawrence River, just east of Montreal. A century later, the hinterland of the lordship was still inhabited, the Sulpicians welcomed the Acadian refugees who returned on foot after deportation, from New England. They settled in a beautiful covered maple plain, north of L’Assomption. The settlers named their new village, Saint-Jacques, in New Acadia. Built in 1819 by the Sulpicians, the mill was the centre of rural life in New Acadia.

Mathias Parent, handyman, supervisor, good and faithful guardian of the mill, appliances, and unparallelled mechanic, saw to the smooth running of the manorial mill of St. Liguori, in the early twentieth century. With the development of electricity, the grinding actuated by water became obsolete especially since the water channels of provisioning of the river were almost disappeared following negligence from the later owner.

The mill served as a warehouse, but it began to fall apart after two earthquakes between 1932 and 1950. Since then, the noble building is a pile of crumbling stone. But the old chimney is still standing and it can be seen, especially in spring, emerging from the trees and pointing to the sky.

Avril 2016 – Je me stationne derrière le bureau de poste du village. Un boisé me sépare de la rivière en contrebas. La pente pour me rendre en bas n’est pas bien haute quoiqu’elle soit assez raide et surtout, encore recouverte d’une bonne couverture de neige. Je longe la pente à la recherche du meilleur endroit pour descendre. À l’extrémité nord du stationnement, un sentier descend plus doucement dans le boisé. Je m’y engage. Il se dirige tout droit vers la rivière, parallèle au chemin, plus haut.

Au bout, une terrasse de ciment surplombe la rivière gonflée à bloc par la fonte des neiges. En m’approchant, je réalise que le sentier est, en fait, l’ancien chemin qui menait au pont et traversait la rivière. La terrasse de ciment est le premier pilier du pont. Effectivement, de l’autre côté de la rivière, on voit le même pilier. À ma droite, entre les arbres, j’aperçois la raison qui m’a amené à cet endroit. Une masse de pierre sombre et une haute stèle de pierres; la cheminée de l’ancien moulin de la Seigneurie.

Enlarge

MAP20150826-UpperCanada-Canada-135646-2lowres
Le moulin de Upper Canada Village (Ontario) nous donne une idée à quoi pouvait ressembler le moulin de la Seigneurie de St-Liguori

M-A Pauzé

En 1640, les Sulpiciens se virent accorder par le Roi de France, une seigneurie sur la rive nord du fleuve St-Laurent, un peu à l’est de Montréal. Les colons restèrent près du fleuve et cent ans plus tard, l’arrière-pays est toujours sauvage. Suite à une proclamation royale, les Sulpiciens accueillirent des réfugiés acadiens qui sont revenus, à pied, de la Nouvelle-Angleterre après la déportation. Ils s’installèrent dans une belle plaine couverte d’érables au nord de l’Assomption. Les colons nommèrent leur nouveau village, St-Jacques, dans la Nouvelle-Acadie. Le territoire étant arrosé par plusieurs rivières, les colons commencèrent à défricher leur lopin de terre. En 1819, les Sulpiciens construisirent, pour 100 000 francs (17 000 $) un moulin à farine au pied d’un rapide, sur la rive sud de la rivière Ouareau. L’immense moulin de pierres mesurait 100 pieds de longueur par 66 de largeur et il avait deux étages aux murs de pierres prélevées dans la rivière, puis un autre fut ajouté quelques années plus tard, dans les combles du toit transformé par un cultivateur-charpentier, José Ratelle, duquel s’élevaient trois cheminées.Les cultivateurs parcouraient plusieurs kilomètres pour venir y faire moudre leurs grains. Le Séminaire les hébergeait et les nourrissait pendant qu’ils attendaient que le travail du meunier soit fait. Ils en profitaient pour échanger les dernières nouvelles du comté.

En 1909, un vieux mécanicien du village, Mathias Parent, voit à la réparation du canal et du moulin. C’est à ce moment qu’il devint l’homme de confiance de Simon Richard en voyant au bon fonctionnement du moulin. À sa mort en 1911, Simon Richard légua son moulin à son fils Alcide. En 1918, le meunier meurt de la grippe espagnole au moulin et Mathias Parent le remplace. Il mourut le 30 août 1924.

En 1927 le moulin fut vendu à Ernest Grubb, qui le revendit un mois plus tard à la Dominion Power & Milling Co. En 1929, comme la compagnie ne payait pas sa part de taxes municipales et ne respectait pas les conditions du contrat, dont des sommes devant être versés à la famille Richard, Alcide Richard traîna la compagnie devant les tribunaux et récupéra son moulin. Malheureusement, il avait subi de graves dommages et ne fonctionnait déjà plus.

Avec le développement de l’électricité, la mouture actionnée par l’eau devenait obsolète surtout que les canaux d’approvisionnement de la rivière étaient presque disparus à la suite de négligence de la Dominion Power & Milling Co. Le moulin servit d’entrepôt, mais il commença à s’écrouler après deux tremblements de terre entre 1932 et 1950. Depuis, le noble bâtiment n’est plus qu’un tas de pierre en ruine. Mais la vieille cheminée demeure encore debout et on peut l’apercevoir, surtout au printemps, émerger d’entre les arbres et pointer vers le ciel.

Marc-André Pauzé
Marc-André Pauzé est un reporter photographe primé, artiste-voyageur et auteur, qui s’est donné une mission, celle d’explorer, documenter et raconter l’humain par la photographie documentaire et le croquis, afin d’informer, mais aussi pour rendre hommage et ne pas oublier. Il a ramené de ses voyages une grande quantité de récits et d’images. Il nous raconte l’histoire de l’action humaine à l’aide de son oeil, son coeur, sa plume et sa caméra.

Leave a Reply

%d bloggers like this: